Énergie grise
L’énergie grise désigne toute l’énergie consommée pour construire un bâtiment, hors usage. Concrètement, elle additionne l’extraction des ressources, la fabrication, le transport et la mise en œuvre des matériaux. Elle court ainsi de l’origine du produit jusqu’à sa fin de vie. En revanche, elle exclut le chauffage, l’éclairage et l’eau chaude. Souvent invisible, cette énergie est déjà dépensée quand le bâtiment est livré. Pourtant, elle pèse de plus en plus lourd dans l’empreinte des constructions neuves performantes. De plus, elle reste étroitement liée au carbone incorporé. C’est pourquoi elle éclaire l’impact réel d’un projet, bien au-delà de sa seule consommation en exploitation.
Que recouvre exactement l’énergie grise ?
Cet indicateur regroupe toutes les dépenses énergétiques nécessaires pour qu’un produit existe et soit posé. D’abord, il y a l’énergie d’extraction des matières premières. Ensuite vient l’énergie de transformation industrielle. Puis s’ajoute l’énergie de transport vers le chantier. Enfin, on compte la mise en œuvre, la déconstruction et le traitement en fin de vie. On parle parfois d’énergie intrinsèque ou incorporée pour le même périmètre. Cette logique du berceau à la tombe correspond exactement à l’analyse de cycle de vie. En effet, celle-ci structure l’évaluation environnementale en étapes successives.
Dans la méthode réglementaire française, ce découpage prend la forme des modules ACV. Ainsi, ces modules isolent la production, la construction, l’exploitation et la fin de vie. Autrement dit, ils séparent ce qui relève de la fabrication de ce qui relève de l’usage. Cet indicateur se concentre donc sur tout ce qui n’est pas le fonctionnement du bâtiment.
Quelle différence avec le carbone incorporé ?
Les deux notions sont cousines. Toutefois, elles ne mesurent pas la même chose. L’énergie grise s’exprime en énergie, donc en kilowattheures ou en mégajoules. Le carbone incorporé, lui, s’exprime en équivalent CO2. Par ailleurs, une forte consommation énergétique ne crée pas toujours un fort impact carbone. En effet, tout dépend du mix énergétique mobilisé pour produire cette énergie. Par exemple, un matériau fabriqué avec de l’électricité décarbonée peut afficher beaucoup d’énergie mais peu de carbone.
En pratique, la RE2020 raisonne d’abord en carbone via l’indicateur Ic construction. Néanmoins, cet angle énergétique reste précieux pour les concepteurs. Il révèle notamment la sobriété matérielle d’un projet. De ce fait, réduire l’énergie et réduire le carbone vont le plus souvent de pair. Le ministère détaille ces principes dans son dossier sur la RE2020 et les matériaux bas carbone.
Comment l’estimer concrètement sur un projet ?
L’évaluation s’appuie sur des données environnementales normalisées. Pour chaque produit, les FDES fournissent les valeurs d’impact par unité fonctionnelle. Ensuite, la base INIES agrège toutes ces fiches. Lorsqu’aucune donnée spécifique n’existe, le calcul recourt à une donnée environnementale par défaut. Cette valeur reste volontairement pénalisante. Ainsi, elle incite les industriels à publier leurs propres déclarations.
La fiabilité du résultat dépend donc de la qualité du métré. Surtout, elle dépend de la finesse des quantitatifs. C’est précisément là que l’approche BIM prend tout son sens. En effet, une maquette numérique structurée automatise l’estimation des quantités. De ce fait, l’énergie grise se suit dès les phases amont. Notre article sur les enjeux de l’estimation carbone en faisabilité détaille cette anticipation.
Quels leviers pour réduire l’énergie grise ?
Le premier levier reste le choix des matériaux. Ainsi, les matériaux biosourcés comme le bois ou la paille demandent peu d’énergie de transformation. De même, les matériaux géosourcés comme la terre crue ou la pierre restent très sobres. En outre, ces familles offrent un bénéfice de stockage carbone. Par conséquent, elles améliorent le bilan global du projet.
Viennent ensuite la sobriété de conception et l’optimisation des quantités. En effet, une morphologie compacte limite les surfaces d’enveloppe. De ce fait, elle réduit les volumes de matériaux. Nous l’expliquons dans notre article sur la compacité des bâtiments et l’impact carbone. Par ailleurs, le recours à des produits locaux, recyclés ou réemployés complète la panoplie. La répartition des produits biosourcés dans la base INIES donne un bon aperçu des filières disponibles.
Pourquoi cet enjeu devient central ?
Les bâtiments deviennent très performants en exploitation. De ce fait, le poids relatif de l’énergie grise augmente dans le bilan global. Sur un bâtiment neuf conforme à la RE2020, la construction peut représenter la moitié de l’impact total. Par conséquent, maîtriser cette énergie n’est plus une option. Au contraire, c’est désormais un levier majeur de décarbonation.
Pour les concepteurs comme pour la maîtrise d’ouvrage, l’enjeu commence dès l’esquisse. En effet, c’est là que les marges de manœuvre restent les plus larges. Concrètement, coupler un outil d’estimation carbone à la maquette permet de tester des variantes en temps réel. Ainsi, vous orientez les arbitrages avant que les choix ne soient figés. C’est cette démarche d’immobilier bas carbone qui transforme l’énergie grise en véritable levier de conception.