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Combien de carbone les données environnementales par défaut ajoutent-elles à une ACV RE2020 ?

Matthieu Lemaire

Par Matthieu LEMAIRE, Growth Marketer

Publié le 20/10/2026

9 min de lecture

Combien de carbone les données environnementales par défaut ajoutent-elles à une ACV RE2020 ?, modèle 3D d'un bâtiment

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191 kgeq.CO2/m² d’Ic construction séparent deux immeubles de bureaux comparables, selon le seul soin apporté aux fiches de leur ACV. Cet écart vient des données environnementales par défaut. Nous avons recalculé l’observatoire officiel de la RE2020, ouvert en open data en août 2026, pour mesurer ce qu’elles coûtent en carbone.

Au programme de cet article

  • ce qu’est une donnée environnementale par défaut, et pourquoi elle pénalise ;
  • la part réelle qu’elles occupent dans les études déposées ;
  • l’écart de carbone qu’elles provoquent, chiffré par typologie ;
  • le test qui montre que cet écart ne vient pas des bâtiments eux-mêmes ;
  • ce que cela change face au seuil RE2025.

1. Ce qu’est une donnée environnementale par défaut

Dans une ACV RE2020, chaque produit et chaque équipement tire son impact d’une fiche. Idéalement une FDES pour un produit de construction, ou un PEP pour un équipement, publiés par le fabricant dans la base INIES et représentatifs du produit réellement posé.

Quand cette fiche n’existe pas, ou qu’on ne la trouve pas, la réglementation prévoit un substitut : la donnée environnementale par défaut, ou DED. Elle permet de conclure l’étude sans bloquer le projet.

Ces données sont volontairement majorantes, pour inciter la filière à documenter ses ouvrages avec des fiches réelles. Utiliser une donnée par défaut augmente donc le carbone affiché par l’étude.

Jusqu’ici, l’ampleur de ce surcoût relevait de l’estimation. L’ouverture de l’OPEE, l’observatoire des performances énergétiques et environnementales opéré par le CSTB pour le ministère de la Transition écologique, permet désormais de le mesurer sur 107 695 bâtiments réellement livrés.

2. Près d’une fiche sur deux est une donnée par défaut

Un bâtiment déclare en médiane 79 fiches environnementales en maison individuelle, et 129 en logement collectif. Leur composition est remarquablement stable d’une typologie à l’autre.

Composition médiane des fiches déclarées, par typologie

Type de donnéeMaison individuelleLogement collectifBureau
FDES, fiches produits spécifiques49 %45 %45 %
PEP, fiches équipements3 %3 %2 %
DED, données par défaut41 %48 %44 %
DES et autres types7 %6 %8 %

Dans un projet de logement collectif médian, près d’une fiche sur deux est une donnée par défaut. Les PEP, qui couvrent les équipements techniques, ne représentent que 2 à 3 % des fiches, alors que ces équipements pèsent lourd en tertiaire.

En impact, les données par défaut et les valeurs forfaitaires représentent en médiane 36 % de l’Ic construction en logement collectif, et 50 % en bureau, soit 455 kgeq.CO2/m².

3. Ce que les données environnementales par défaut coûtent en carbone

Pour mesurer l’effet, nous avons classé les bâtiments de chaque typologie en cinq groupes, du mieux documenté au moins documenté. Le critère retenu est la part de données par défaut dans le nombre de fiches, et non dans l’impact. Ce critère ne dépend d’aucune valeur de carbone : il évite de comparer une grandeur avec elle-même.

Ic construction médian selon la part de données par défaut, en kgeq.CO2/m²

GroupePart de données par défautLogement collectifBureau
Les mieux documentés26 à 33 %622851
Groupe 237 à 43 %649933
Groupe 344 à 48 %697948
Groupe 452 à 53 %699982
Les moins documentés62 à 63 %7421 042
Écart-+120+191

La progression est régulière, groupe après groupe, dans les trois typologies étudiées. L’écart entre les extrêmes atteint 120 kgeq.CO2/m² en logement collectif, soit 19 %, et 191 en bureau, soit 22 %. En maison individuelle, où les ouvrages sont plus standardisés, il reste de 41 kgeq.CO2/m².

4. Ces bâtiments sont-ils réellement plus carbonés ?

Deux explications sont possibles. Soit les équipes qui documentent peu conçoivent aussi moins bien, et l’écart traduirait un véritable surcroît de carbone. Soit l’écart n’est que l’effet mécanique de la majoration attachée aux données environnementales par défaut.

Pour trancher, nous avons retiré des indicateurs la contribution des données par défaut et des forfaits, puis refait la comparaison sur ce qui reste, à savoir le carbone réellement issu des produits documentés.

Logement collectif : décomposition de l’écart, en kgeq.CO2/m²

GroupeIc construction totaldont données par défaut et forfaitsIc hors ces données
Les mieux documentés622175430
Les moins documentés742329380
Écart+120+154-50

Une fois retirée la contribution des données par défaut, l’écart s’inverse. Les bâtiments les moins bien documentés sont en réalité légèrement moins carbonés que les autres, de 50 kgeq.CO2/m² en logement collectif. Le même calcul donne un écart de moins 24 en bureau et de moins 19 en maison individuelle.

La totalité du surcoût affiché provient donc de la majoration forfaitaire, et non du bâtiment. Un même projet, mieux documenté, afficherait un Ic construction plus bas à conception identique.

La réglementation majore délibérément les données par défaut pour pousser la filière vers des fiches réelles. L’open data permet pour la première fois de mesurer l’ampleur de cette majoration sur le parc réellement construit.

5. Les données par défaut face au seuil RE2025

Sur le parc livré, la médiane du logement collectif s’établit à 682 kgeq.CO2/m², pour un seuil RE2025 modulé moyen de 685 sur ces mêmes bâtiments. La moitié du parc est donc à quelques unités de la ligne, dans un sens ou dans l’autre.

Or le gain accessible par la seule documentation de l’étude atteint 120 kgeq.CO2/m². Il est donc, pour une part significative des projets, largement supérieur à l’écart qui les sépare du seuil.

Pour beaucoup d’opérations, tenir le seuil RE2025 relève d’abord d’un travail de renseignement des fiches, avant de relever d’un arbitrage de conception. Ce travail ne coûte ni en surface, ni en qualité d’usage, ni en budget travaux.

6. Ce qu’une équipe de conception peut en faire

En premier lieu, il vaut la peine de mesurer sa propre part de données environnementales par défaut, et de la comparer aux repères ci-dessus. Une étude qui dépasse 55 % de DED se situe dans le dernier groupe, celui où la majoration forfaitaire pèse le plus.

D’autre part, tous les postes ne se valent pas. En tertiaire, les équipements techniques concentrent à la fois le carbone et le manque de fiches, puisque les PEP ne représentent que 2 % des données déclarées. C’est là que l’effort de recherche documentaire rapporte le plus.

Enfin, ce travail se prépare en amont. Chercher les bonnes fiches suppose de savoir quels produits et quelles quantités sont en jeu, ce qui ramène à la question des métrés. C’est le problème que nous traitons chez Time To Beem, en générant les métrés d’un projet à partir de son modèle 3D, l’équipe de conception gardant la main sur les quantités produites. Disposer de quantités fiables tôt permet d’aller chercher les fiches manquantes poste par poste, au lieu de conclure l’étude avec des données par défaut faute de temps.

7. Notre méthode, et ses limites

Ces chiffres proviennent du jeu de données open data de l’OPEE, publié le 6 août 2026 sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte 2.0, arrêté au 31 décembre 2025. Nous avons recalculé l’ensemble des indicateurs à partir des fichiers bruts, en ne retenant que les 107 695 bâtiments qui passent les 20 contrôles de cohérence du CSTB, soit 96,4 % de la base. Aucune donnée de nos clients n’intervient dans ces calculs.

Trois limites doivent accompagner toute citation de ces résultats. La maison individuelle représente d’abord 96,7 % du parc observé : les chiffres du logement collectif et du tertiaire portent sur quelques milliers de bâtiments. Ensuite, ces bâtiments sont achevés, donc conçus deux à quatre ans plus tôt, sous le régime du seuil RE2022. Enfin, l’indicateur que nous appelons ici contribution des données par défaut agrège les DED et des valeurs forfaitaires réglementaires, il ne se limite pas aux seules données saisies par le bureau d’études.

Nous publions l’étude complète, avec le détail par typologie, les 13 lots réglementaires et les précautions de lecture, dans un document séparé.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une donnée environnementale par défaut (DED) ?

C'est la donnée que la réglementation prévoit lorsqu'aucune fiche spécifique, FDES ou PEP, n'est disponible pour un produit ou un équipement. Elle permet de conclure l'ACV, mais elle est volontairement majorante, afin d'inciter à utiliser des fiches réelles.

Quelle part des fiches d'une ACV RE2020 sont des données par défaut ?

Sur les bâtiments livrés recensés par l'OPEE, la médiane s'établit à 41 % en maison individuelle, 44 % en bureau et 48 % en logement collectif. En contribution carbone, ces données et les forfaits représentent 36 % de l'Ic construction en logement collectif et 50 % en bureau.

Combien coûtent les données environnementales par défaut en carbone ?

L'écart d'Ic construction entre les études les mieux documentées et les moins documentées atteint 120 kgeq.CO2/m² en logement collectif, 191 en bureau et 41 en maison individuelle. Notre analyse montre que cet écart provient de la majoration forfaitaire, et non de bâtiments plus carbonés.

Remplacer une donnée par défaut par une FDES fait-il vraiment baisser le score ?

Les données de l'observatoire vont dans ce sens, puisque le carbone hors données par défaut est comparable, et même légèrement inférieur, chez les bâtiments les moins documentés. Le gain dépend toutefois du produit réel : une FDES spécifique peut se révéler moins favorable que la donnée par défaut sur certains postes.

D'où viennent ces chiffres ?

Du jeu de données open data de l'OPEE, publié par le ministère de la Transition écologique et le CSTB sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte 2.0, arrêté au 31 décembre 2025. Nous avons recalculé les indicateurs sur les 107 695 bâtiments validés par les contrôles du CSTB.