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À quelle phase réaliser l’ACV RE2020 d’un projet, du concours à l’achèvement ?

Matthieu LemaireCamille Vivien

Par Matthieu LEMAIRE, Growth Marketer · Camille VIVIEN, CEO

Publié le 20/10/2026

11 min de lecture

À quelle phase réaliser l'ACV d'un projet RE2020

Votre ACV RE2020 dès l'esquisse

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Sur un projet neuf soumis à la RE2020, l’analyse du cycle de vie (ACV) est obligatoire : la question est de savoir quand la faire. Or, dans beaucoup d’équipes, l’ACV arrive tard, une fois les quantitatifs stabilisés, alors que les choix qui pèsent le plus sur le carbone sont déjà arrêtés. Savoir à quelle phase réaliser l’ACV, et avec quel niveau de précision, change donc directement vos marges de manoeuvre.

L’ACV peut commencer très tôt, sur des hypothèses, puis se préciser à chaque phase jusqu’au dépôt réglementaire.

Cet article passe en revue les phases d’un projet RE2020, du concours à la livraison, et précise pour chacune ce que l’ACV apporte, ce qu’elle exige comme données, et la précision atteignable. Au programme :

  • pourquoi la phase où l’on réalise l’ACV conditionne vos arbitrages ;
  • ce que l’on peut estimer dès le concours et l’esquisse ;
  • comment l’ACV se fiabilise en phase APS puis APD ;
  • le passage aux métrés réels en PRO et la construction du RSEE en DCE ;
  • les deux jalons réglementaires, dépôt du permis et achèvement.

1. Pourquoi la phase où l’on réalise l’ACV change vos marges de manoeuvre

La RE2020 plafonne l’indice Ic Construction, qui mesure l’impact carbone des produits de construction et du chantier. Cet indice se joue en grande partie sur quelques postes lourds : la structure, les fondations, la façade et les planchers. Ces postes sont définis tôt dans la conception. La trame, le système constructif et le mode de fondation sont arrêtés dès l’esquisse, puis servent de base à toutes les études suivantes.

Si l’ACV n’intervient qu’une fois ces choix figés, elle ne fait que constater un résultat. Plus elle arrive tard, moins il reste de temps pour corriger, et plus chaque modification coûte cher, parce qu’elle oblige à reprendre une partie de la conception déjà avancée. À l’inverse, une estimation carbone disponible pendant que les choix sont encore ouverts permet de les orienter au moment où cela ne coûte presque rien.

Le moment de l’ACV détermine si l’étude sert à décider ou seulement à vérifier. Les seuils RE2020 se durcissent par paliers : une estimation précoce laisse la marge de repasser sous un seuil sans tout reprendre.

Au fil des phases, la connaissance du projet augmente, mais la capacité à le modifier diminue. Au concours, on sait peu de choses avec certitude, mais tout est encore possible. En phase PRO, on connaît le projet en détail, mais changer un principe structurel suppose de revenir sur des mois de travail. Une donnée carbone obtenue seulement en PRO arrive quand la marge d’action a presque disparu.

2. Les phases d’un projet RE2020, du concours à la livraison

En phase de conception, une mission de maîtrise d’oeuvre distingue l’esquisse (ESQ) ou le concours, l’avant-projet sommaire (APS), l’avant-projet définitif (APD), puis les études de projet (PRO) et la consultation des entreprises (DCE). Vient ensuite la phase travaux.

À chacune de ces phases, le niveau de détail disponible progresse. En esquisse, on raisonne en volumes et en intentions. En APS et APD, les surfaces, les systèmes et les principes de façade se précisent. En PRO et DCE, les quantités deviennent exactes et les produits sont choisis. Cette montée en précision conditionne ce que l’ACV peut produire à chaque étape.

La donnée ne progresse pas au même rythme selon les postes. La structure et la façade se stabilisent tôt, alors que certains lots techniques ou de second oeuvre restent flous jusqu’à la consultation des entreprises. Une ACV pertinente à une phase donnée n’attend donc pas que tout soit connu : elle traite chaque poste au niveau de certitude où il se trouve, avec des données réelles là où elles existent et des hypothèses ailleurs.

À ce calendrier de conception se superposent deux jalons réglementaires, qui ne dépendent pas de la maîtrise d’ouvrage mais de la RE2020 : le dépôt du permis de construire et l’achèvement des travaux. Ce sont les deux seuls moments où l’ACV est obligatoire.

3. Phase concours et esquisse : lancer l’ACV pour orienter le parti

C’est la phase la plus décisive et celle où l’on estime le moins le carbone, car les métrés détaillés n’existent pas encore. C’est pourtant le meilleur moment pour une première estimation, sur des hypothèses structurées plutôt que sur des quantités exactes.

À ce stade, on décrit le bâtiment par sa morphologie : typologie, nombre de niveaux, surface de plancher, principe structurel, type de façade. À partir de cette description, un outil reconstitue les quantités principales des postes lourds, sans attendre les plans détaillés. On obtient une première lecture carbone en quelques minutes, utile pour comparer deux ou trois partis constructifs, par exemple une variante béton face à une variante bois. Nous détaillons cette méthode dans nos articles sur les métrés fiables dès la phase amont et sur l’ACV en concours d’architecture.

Quelle précision attendre au concours

Au concours, ce qui compte est l’écart entre deux options et la marge par rapport au seuil, plus que la valeur absolue. Ces deux informations sont fiables bien avant les métrés définitifs, parce qu’elles dépendent surtout de la morphologie et du système constructif, connus à ce stade. Une estimation amont bien menée se situe à quelques pourcents de l’ACV finale sur l’Ic Construction, ce qui ne change pas le classement des variantes ni le constat d’un dépassement. La valeur absolue se précise ensuite.

Exemple concret

Une équipe de conception part d’une morphologie de R+4 logements en béton et obtient un Ic Construction estimatif en moins d’une heure. Elle teste ensuite une façade biosourcée et une variante de plancher, et voit immédiatement l’écart carbone de chaque option. Le parti est arbitré sur des chiffres, alors que les épaisseurs définitives ne sont pas encore arrêtées.

4. Phase APS : cadrer la première ACV du projet RE2020

En avant-projet sommaire, les plans se stabilisent, la trame se confirme, les principes de structure et de façade se précisent. C’est la première phase où l’ACV s’appuie sur autre chose que la seule morphologie : les grandes quantités commencent à être connues, poste par poste.

L’estimation carbone du concours est conservée et cadrée : on remplace les ratios amont par des surfaces et des métrés approchés, tout en gardant des données environnementales par défaut pour les lots encore ouverts. L’APS est le bon moment pour poser la structure de l’étude : quels postes suivre, quels indicateurs regarder, quelle marge viser par rapport aux seuils RE2020.

L’avant-projet définitif, le PRO puis le RSEE viennent ensuite compléter cette même étude, sans repartir d’une feuille blanche.

5. Phase APD : fiabiliser l’ACV au fil des choix

En avant-projet définitif, les choix se ferment. Les matériaux se décident, les systèmes constructifs sont arrêtés, les épaisseurs et les principes de façade sont figés. L’ACV suit ce mouvement : les hypothèses de l’APS sont remplacées, une à une, par des données plus fermes.

C’est le moment d’affiner l’affectation des FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) issues de la base INIES. Là où l’APS se contentait de familles de produits, l’APD permet de rattacher des fiches plus précises aux lots déjà décidés. L’estimation gagne en fiabilité sans devoir tout recommencer.

Tenir l’ACV à jour en APD sécurise les choix au moment où ils se figent et évite de découvrir un dépassement de seuil quand il n’est presque plus possible de revenir en arrière.

Chaque décision d’avant-projet, un changement d’isolant, un ajustement de trame, un choix de menuiserie, peut être testée sur l’ACV en cours pour en mesurer l’effet carbone. Ce suivi n’est tenable que si l’on n’a pas à tout ressaisir à chaque variante.

6. Phase PRO : basculer l’ACV sur les métrés réels

En études de projet, les quantités ne sont plus approchées mais exactes : chaque poste est dimensionné, chaque métré est arrêté. L’ACV bascule alors d’une estimation vers un calcul, en remplaçant les derniers ratios par les quantités réelles issues des études.

L’ACV atteint en PRO le niveau de détail attendu par la RE2020. Si l’étude a été menée en continu depuis le concours, elle est complétée sans être refaite, et prête à recevoir les produits réellement prescrits lors de la consultation des entreprises.

L’ordre de grandeur à retenir

Un calcul carbone complet mobilise de l’ordre de 150 à 200 lignes de métrés et environ 130 FDES. C’est un niveau de détail rarement atteint avant la phase PRO. L’outil Time To Beem reconstitue ce niveau de détail dès l’amont, en générant les quantités à partir de la morphologie, puis en les affinant à mesure que le projet se précise.

7. Phase DCE : figer l’ACV et bâtir le RSEE RE2020

À la consultation des entreprises, les produits réellement prescrits sont connus. L’ACV atteint alors sa forme réglementaire : elle devient le RSEE, le récapitulatif standardisé d’étude environnementale qui atteste la conformité RE2020. Le RSEE exige les métrés réels issus du PRO et les FDES des produits effectivement retenus.

Si l’ACV a suivi le projet phase après phase, le RSEE se construit sans ressaisie : les fiches par défaut sont remplacées par les fiches des produits prescrits, et l’étude est prête à être déposée. Le calcul réglementaire est détaillé dans notre article sur le calcul ACV et RE2020.

8. Dépôt du permis : l’ACV RE2020 devient obligatoire

La RE2020 rend l’ACV obligatoire à deux moments. Le premier est le dépôt du permis de construire : une étude est attendue pour justifier le respect des seuils RE2020 applicables au projet.

Une équipe qui a estimé le carbone dès le concours et l’a affiné en avant-projet n’a plus, au permis, qu’à consolider une étude existante.

9. Achèvement : l’attestation ACV du bâtiment construit

Le second jalon réglementaire est l’achèvement des travaux. À cette étape, une attestation confirme la performance réellement atteinte, sur la base du bâtiment tel que construit, et non plus tel que conçu.

Entre le permis et l’achèvement, le projet évolue : des choix de chantier, des substitutions de produits, des adaptations techniques modifient le résultat de l’ACV. Si l’ACV n’a été traitée qu’au moment du permis, l’écart avec la réalité du chantier se découvre à l’achèvement, quand il est trop tard pour agir. Suivre les indicateurs de performance environnementale tout au long du chantier limite ce risque, en gardant la donnée à jour entre les deux échéances.

10. Qui contrôle l’ACV RE2020, à quelle phase, et quels risques

La RE2020 organise le contrôle de l’étude à deux moments précis, avec à chaque fois des acteurs et des enjeux différents.

Qui vérifie l’ACV, et à quel moment

Trois niveaux de contrôle se superposent au fil du projet.

Le premier est l’autocontrôle, à chaque phase. Le producteur de l’étude, bureau d’études environnemental, économiste ou maîtrise d’oeuvre, vérifie la cohérence de ses métrés et de ses FDES à mesure que la conception avance. Il n’est pas obligatoire, mais c’est là que se rattrapent la plupart des écarts.

Le deuxième intervient au dépôt du permis de construire. L’attestation jointe à la demande est établie par le maître d’ouvrage lui-même, le plus souvent renseignée par le praticien de l’étude mais sous sa responsabilité. À ce stade, elle atteste le respect du Bbio et du confort d’été, et surtout l’engagement à justifier les seuils Ic énergie et Ic construction avant le démarrage des travaux. L’ACV n’a donc pas à être totalement bouclée au permis, mais le calcul devra être justifiable dès la fin des études.

Le troisième a lieu à l’achèvement des travaux, et c’est le seul contrôle réalisé par un tiers indépendant. L’attestation finale doit être établie par un contrôleur technique, un architecte, un bureau d’études agréé ou un organisme de certification, et pour les maisons individuelles par un diagnostiqueur certifié. Ce vérificateur ne peut pas être celui qui a conçu le projet ni celui qui a produit l’étude réglementaire. Le contrôle porte sur tous les indicateurs, dont l’Ic construction, et vérifie la cohérence de dix données environnementales de l’ACV sur le bâtiment tel que construit.

Les deux contrôles réglementaires

Au dépôt du permis. Attestation établie par le maître d’ouvrage. Elle atteste le Bbio et le confort d’été, et engage à justifier l’Ic construction, le résultat de l’ACV, avant le démarrage des travaux.

À l’achèvement. Attestation établie par un tiers indépendant (contrôleur technique, architecte ou bureau d’études, jamais celui qui a produit l’étude). Elle vérifie tous les indicateurs, dont l’Ic construction, et la cohérence de dix données environnementales sur le bâtiment réellement construit.

Les risques d’un contrôle mal anticipé

Le premier risque est le dépassement découvert trop tard. Si l’ACV n’est fiabilisée qu’à l’approche du permis, un dépassement de seuil Ic construction apparaît alors que la conception est déjà figée. Le corriger suppose de revenir sur la structure ou la façade, précisément les postes les plus lourds à modifier.

Le deuxième est l’écart entre l’étude et le chantier. L’attestation d’achèvement porte sur le bâtiment réellement construit : chaque substitution de produit en cours de travaux, si elle n’est pas tracée, peut dégrader le résultat et n’apparaître qu’à l’achèvement, quand plus rien n’est modifiable.

Le troisième tient aux données manquantes. Un recours excessif aux données environnementales par défaut, faute de FDES disponibles au bon moment, pénalise mécaniquement le résultat. Or la cohérence des données est vérifiée à l’achèvement.

Le dernier est une question de responsabilité. L’attestation du permis engage le maître d’ouvrage, et une non-conformité à l’achèvement ne se règle pas d’un simple ajustement technique : elle bloque la conformité de l’opération.

Comment anticiper, et à quelle phase

Le contrôle s’anticipe comme l’étude, phase après phase.

Dès le concours, une première estimation situe la marge par rapport aux seuils, avant que les choix lourds soient arrêtés. En APS et APD, on fiabilise poste par poste et on sécurise les FDES des lots décisifs, pour limiter les données par défaut qui pénaliseront le contrôle final. Avant le dépôt du permis, l’objectif est de disposer d’un Ic construction déjà justifiable, et pas seulement d’un engagement, afin de ne pas signer une attestation que le chantier viendra démentir. Enfin, entre le permis et l’achèvement, tracer chaque substitution de produit et tenir la donnée à jour garantit que l’attestation finale ne réserve aucune surprise.

Une étude tenue à jour tout au long du projet évite que les deux attestations deviennent des points de blocage. L’outil Time To Beem conserve la même étude du concours à l’achèvement, sans la reconstruire à chaque échéance.

11. Faire de l’ACV RE2020 un continuum sur toutes les phases

À quelle phase réaliser l’ACV : le plus tôt possible pour décider, puis en continu pour fiabiliser, jusqu’aux deux jalons réglementaires.

En pratique, il s’agit de lancer une première estimation dès le concours au lieu d’attendre les quantitatifs, puis de la compléter à chaque phase. Chaque phase reçoit ainsi la lecture carbone adaptée à son niveau de certitude.

Cela suppose un outil capable de partir d’une morphologie au concours, d’intégrer un modèle 3D et des FDES en avant-projet, puis de compléter l’étude jusqu’au RSEE, sans tout ressaisir à chaque jalon. L’outil Time To Beem fonctionne ainsi, pour que l’ACV serve la conception dès l’amont. Avec le durcissement progressif des seuils jusqu’en 2031, cette capacité à estimer tôt, sur une donnée fiable, comptera de plus en plus. Pour voir comment l’appliquer à vos projets, vous pouvez réserver une démonstration, et pour approfondir la phase amont, notre article sur l’estimation carbone en faisabilité complète ce panorama.

Merci d’avoir pris le temps de lire

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Questions fréquentes

Peut-on faire une ACV dès le concours ?
Oui. On ne dispose pas encore des métrés détaillés, mais on peut estimer le carbone à partir de la morphologie du projet. Cette estimation suffit pour comparer des partis constructifs et orienter les choix structurants, qui sont justement décidés à ce stade.
À quel moment l'ACV devient-elle obligatoire ?
La RE2020 impose une étude au dépôt du permis de construire pour justifier le respect des seuils, puis une attestation à l'achèvement des travaux sur la base du bâtiment réellement construit.
Faut-il refaire l'ACV à chaque phase ?
Non, l'idéal est de la compléter progressivement. Les hypothèses de départ sont remplacées par des données réelles au fil des phases, si bien que l'étude se densifie au lieu d'être recommencée à chaque jalon.
Quelle précision attendre d'une ACV en phase amont ?
Une estimation bien menée en amont se situe à quelques pourcents de l'ACV finale sur l'Ic Construction, ce qui suffit pour comparer des variantes et vérifier une marge par rapport au seuil. La précision augmente ensuite à mesure que les données se fiabilisent.
Qui contrôle l'ACV d'un projet RE2020 ?
Au dépôt du permis, l'attestation est établie par le maître d'ouvrage, qui s'engage à justifier l'Ic construction avant le démarrage des travaux. À l'achèvement, un tiers indépendant (contrôleur technique, architecte, bureau d'études agréé ou organisme de certification, jamais celui qui a produit l'étude) vérifie tous les indicateurs, dont l'Ic construction, sur le bâtiment réellement construit.