Matériaux recyclés
Les matériaux recyclés sont des matériaux de construction issus du traitement de déchets de démolition, de déchets industriels ou de fins de vie de produits, réintroduits dans le cycle de fabrication afin de réduire la consommation de ressources vierges. Leur utilisation constitue l’un des leviers concrets pour diminuer le carbone incorporé des bâtiments neufs et répondre aux exigences croissantes de la réglementation environnementale.
Que sont les matériaux recyclés en construction ?
Un matériau recyclé se distingue du matériau réemployé : le réemploi des matériaux consiste à réutiliser un produit sans le retraiter, tandis que le recyclage implique une transformation physique ou chimique de la matière avant réintégration dans un nouveau produit. Cette distinction est importante pour l’évaluation environnementale, car les deux approches n’ont pas le même bilan énergétique ni le même impact sur l’énergie grise.
Dans la filière bâtiment, les matériaux recyclés s’inscrivent dans la logique de l’économie circulaire : maintenir la valeur des ressources le plus longtemps possible, limiter les extractions de matières premières et réduire les déchets mis en décharge.
Quels types de matériaux sont concernés ?
Les gisements sont nombreux en construction :
- Les granulats recyclés issus de la démolition de bâtiments, utilisés dans les remblais, les chaussées ou les bétons. Le béton recyclé est ainsi produit en intégrant des granulats de démolition en substitution partielle des granulats naturels.
- Les métaux (acier, aluminium, cuivre) qui peuvent être refondus avec une consommation d’énergie bien inférieure à la production à partir de minerai. L’acier de construction contient aujourd’hui couramment 80 à 100 % d’acier recyclé.
- Le verre recyclé, intégré dans les laines minérales ou dans les vitrages.
- Les matières plastiques recyclées, présentes dans certains isolants, tubes ou profilés.
- Les textiles et fibres recyclés, comme les isolants à base de jean ou de fibres de polyester recyclé.
Ces matériaux ne s’opposent pas aux matériaux biosourcés et base INIES : les deux familles peuvent se combiner dans un projet bas carbone, chacune apportant des avantages complémentaires selon les usages et les parties d’ouvrage.
Comment mesure-t-on leur impact carbone ?
L’impact environnemental d’un matériau recyclé est quantifié via une analyse de cycle de vie (ACV) qui couvre l’ensemble des étapes : extraction ou collecte, transport, traitement, fabrication, mise en oeuvre, usage et fin de vie. Le résultat est exprimé en kilogrammes de CO2 équivalent par unité fonctionnelle, et correspond à l’empreinte carbone du produit sur l’ensemble de son cycle.
En France, ces données sont centralisées dans la base INIES sous forme de Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES). Un matériau recyclé bien documenté disposera d’une FDES vérifiée par un tiers, ce qui est indispensable pour les calculs réglementaires. L’ADEME publie également des guides méthodologiques et des bases de données complémentaires sur les flux de déchets et les taux de recyclage par filière.
Un point de vigilance : la modélisation du recyclage en fin de vie (module D de l’ACV) peut être prise en compte à titre informatif, mais ne fait pas partie des indicateurs obligatoires de l’ACV bâtiment en RE2020. Seuls les modules A à C, correspondant à la production jusqu’à la démolition, entrent dans le calcul réglementaire de l’indicateur Ic construction.
La RE2020 et les matériaux recyclés
La RE2020 ne crée pas de catégorie réglementaire spécifique pour les matériaux recyclés, mais leur usage est valorisé indirectement : en réduisant le carbone incorporé et l’énergie grise des produits de construction, ils contribuent à abaisser les indicateurs Ic construction et Ic énergie auxquels le bâtiment doit se conformer sous les seuils d’émissions définis par la réglementation.
Les jalons RE2020 se resserrent progressivement jusqu’en 2031, ce qui rend de plus en plus nécessaire le recours à des matériaux à faible empreinte carbone, qu’ils soient recyclés, biosourcés ou géosourcés. Le Guide Ultime Architecture RE2020 détaille les stratégies d’optimisation envisageables dès la phase conception pour anticiper ces seuils.
Comment les intégrer dans un projet bas carbone ?
Pour tirer pleinement parti des matériaux recyclés, plusieurs actions sont possibles dès la phase de programmation et de conception :
- Exiger la fourniture de FDES vérifiées pour chaque produit recyclé envisagé, afin de s’appuyer sur des données fiables dans le calcul ACV.
- Comparer systématiquement l’empreinte carbone du matériau recyclé à celle de son équivalent issu de matières vierges, au moyen d’un outil de simulation RE2020 intégrant la base INIES à jour.
- Anticiper la disponibilité locale des gisements de granulats recyclés, qui varie fortement selon les bassins de vie et les filières de déconstruction actives.
- Combiner la logique de recyclage avec celle du réemploi des matériaux et de l’économie circulaire pour maximiser le bénéfice carbone global de l’opération.
La maîtrise des données matériaux et l’utilisation d’un logiciel ACV adapté à la RE2020 restent les conditions préalables à toute stratégie bas carbone efficace sur le poste construction.