Méthode ACV RE2020 : pourquoi diffère-t-elle d’une équipe à l’autre en 2026 ?
Votre ACV RE2020 dès l'esquisse
Le calcul à partir du modèle 3D, avec un ingénieur qui connaît la RE2020. 30 minutes en visio.
Réserver une démoVoir nos livres blancsLa méthode ACV RE2020 change d’une équipe à l’autre. Un bureau d’études de trente personnes, réparti sur trois agences, nous a récemment décrit des façons de faire qui changent d’une agence à l’autre, avec le même logiciel. Dans nos échanges de 2026 avec près d’une centaine de bureaux d’études, nous n’avons d’ailleurs jamais rencontré deux process identiques.
On résume souvent le sujet à une question de rôle : qui, de l’économiste ou du bureau d’études, doit faire l’ACV. Cette répartition dépend en fait des données reçues, de l’outil en place et du moment où le résultat est demandé.
L’essentiel en quatre points
- Les méthodes d’ACV RE2020 diffèrent surtout à cause de trois variables : les données reçues, l’outil en place et la phase où le résultat est demandé.
- Une ACV assemble trois briques, les quantités, les données environnementales et le calcul, qui ne demandent pas la même compétence.
- Le maître d’ouvrage est responsable, mais aucun texte ne désigne qui produit l’ACV : la répartition se règle dans les contrats.
- Une partie des écarts se réduit sans changer d’outil, en s’accordant sur la façon dont les quantités circulent.
1. Une méthode ACV RE2020 par équipe, parfois par agence
Deux agences, deux façons de faire
Dans la première agence, le bureau d’études récupère les quantités du gros œuvre dans ses propres modèles 3D de structure et de fluides. Pour le reste, il envoie à l’architecte ou à l’économiste un tableau à compléter, poste par poste.
Dans la seconde, l’architecte ne fournit un modèle 3D exploitable que sur un projet sur dix environ. L’équipe redessine donc le bâtiment pièce par pièce dans son logiciel de thermique, et y ajoute les revêtements de sol et les plinthes pour alimenter l’ACV.
Les deux agences butent en revanche sur le même point : ressaisir les quantités qui arrivent par la DPGF. Une étude complète sur un immeuble de 80 logements leur demande ainsi trois à quatre jours.
Ce que nous entendons dans les autres équipes
D’un bureau d’études à l’autre, les quantités viennent de sources différentes, souvent combinées : le tableur de l’économiste, la DPGF, le modèle 3D de l’architecte ou celui de la structure, un métré refait à la main, des ratios maison. Sur les bureaux d’études qui nous ont décrit leur process cette année, nous avons compté une trentaine de combinaisons différentes de ces sources. Environ un tiers reçoivent leurs quantités des autres intervenants, un tiers les reçoivent puis les complètent eux-mêmes, et un quart les produisent entièrement en interne.
Plus de neuf bureaux d’études sur dix font leur ACV dans le module de leur logiciel de thermique, et un sur trois y ajoute un outil dédié, par exemple pour les estimations en amont. Il est donc fréquent qu’une même équipe fasse sa pré-ACV dans un outil et son ACV réglementaire dans un autre. La spécialité joue aussi : un bureau d’études thermique fait le plus souvent tout dans son logiciel de thermique, quand un bureau d’études thermique et environnement s’équipe plus volontiers d’un outil dédié.
Ce que ces écarts coûtent
60%
du temps d’une ACV passe à générer ou recalculer les quantités
Étude Time To Beem sur 50 projets de logements, 2023
1 à 4jours
de travail par ACV, parfois après plus d’une semaine d’attente des quantités
Étude interne Time To Beem
2saisies
au moins pour une même donnée, dans chacun de ces process
Étude interne Time To Beem
Le premier coût est le temps. Une étude se reconstruit à chaque projet au lieu de s’actualiser, et chaque format reçu demande sa conversion. Notre étude sur 50 projets de logements l’avait mesuré : un ingénieur environnement passe en moyenne 60 % de son temps d’ACV à générer ou recalculer les quantités. Sur les process que nous avons cartographiés cet automne avec des bureaux d’études, une ACV demande d’une à quatre journées de travail, parfois après plus d’une semaine d’attente des quantités, et dans chacun, une même donnée est saisie au moins deux fois.
Le deuxième coût est la confiance : un référent ACV nous expliquait n’être rassuré qu’avec environ 20 % de marge sous le seuil, faute de savoir si toutes les quantités sont bien prises en compte.
Le troisième est la pré-ACV, difficile à produire tant qu’aucune quantité n’est prête en amont.
Dix à quinze jours par ACV RE2020
Dix à quinze jours d’études : c’est ce que le Cerema compte pour une ACV RE2020 d’immeuble de logements ou de bureaux, mises à jour comprises. Une méthode ACV RE2020 qui reconstitue les quantités à chaque phase, au lieu de les actualiser, allonge chacune de ces mises à jour.
2. Trois variables qui fixent la méthode ACV RE2020
Quand on compare les process, trois variables expliquent l’essentiel des écarts. Ce sont des contraintes de départ plus que des choix de méthode.
Une équipe adapte son process à son outil, rarement l’inverse.
Les données que l’équipe reçoit
Un modèle 3D exploitable, des plans, le tableur de l’économiste, la DPGF, ou rien avant la phase PRO : tout dépend de l’architecte, de l’économiste et du projet. Une même équipe peut recevoir un modèle 3D structuré sur un projet et de simples plans sur le suivant. Un modèle 3D n’est d’ailleurs pas toujours exploitable. Les objets sont là, mais sans information sur les matériaux, si bien qu’on ne peut pas en tirer les surfaces de cloisons ou de revêtements.
L’outil déjà en place
Quand l’ACV se fait dans le module du logiciel de thermique, elle s’appuie sur le modèle thermique : zones, parois, pièces. L’équipe complète ce modèle avec ce que la thermique ne décrit pas, comme le second œuvre ou les réseaux. Quand l’ACV se fait dans un outil dédié, le bâtiment y est décrit par lots et par quantités, et l’énergie arrive par le RSET.
Chaque outil impose en effet sa façon de découper le bâtiment, et ses propres formats d’import. Une équipe adapte donc son process à son outil, rarement l’inverse.
La phase où le résultat est demandé
La maîtrise d’ouvrage demande de plus en plus un résultat carbone dès l’APD, parce que les seuils RE2025 puis RE2028 laissent moins de marge et qu’un dépassement se corrige bien mieux en conception qu’en fin d’études. Les quantitatifs détaillés de l’économiste arrivent pourtant en PRO ou en DCE. Plus le résultat est demandé tôt, plus l’équipe doit produire elle-même des quantités qu’elle n’a pas encore reçues.
La matrice des process
Croisées, les deux premières variables donnent la matrice ci-dessous. Chaque case correspond à une combinaison que les équipes nous décrivent, avec son principal point dur.
La matrice des process : ce que l’équipe reçoit, croisé avec l’outil qu’elle utilise
Un modèle 3D exploitable
La géométrie sert à la thermique, le second œuvre se complète à la main.
Le modèle thermique ne décrit pas tout le bâtiment.
Les quantités sont extraites du modèle 3D, l'énergie vient du RSET.
Deux descriptions à garder alignées.
Les quantités sont exportées du modèle 3D, puis recopiées.
Ressaisie à chaque nouvelle version.
Des plans seulement
Le bâtiment est redessiné pièce par pièce pour la thermique, l'ACV se greffe dessus.
Long à saisir, mais une seule description.
Une volumétrie est redessinée sur les plans, les métrés en découlent.
Recaler surfaces et zones avec la thermique.
Le métré se relève à la main sur les plans.
Lent, et des postes oubliés.
Un tableur ou une DPGF de l'économiste
Les postes sont ressaisis ligne à ligne dans le module ACV.
Conversion des unités, plusieurs jours de saisie.
Le tableur est importé, puis chaque poste est rattaché à sa fiche.
Des postes regroupés à éclater.
Le tableur est repris et complété.
On ne sait plus d'où vient chaque quantité.
Rien avant la phase PRO
Une estimation au ratio, puis l'ACV détaillée en fin d'études.
Le résultat arrive après les choix.
Une pré-ACV par morphologie, puis l'ACV détaillée.
Deux calculs à rapprocher.
Des ratios maison.
Des hypothèses difficiles à justifier.
Schéma de principe, construit à partir des process que les équipes nous décrivent. Le point marqué d’un rond est le principal point dur de chaque combinaison.
Lue en ligne, la matrice montre qu’une même donnée reçue donne des process différents selon l’outil. Lue en colonne, elle montre qu’un même outil ne se pratique pas de la même façon selon ce qu’on reçoit. C’est pour cette raison que deux agences d’un même bureau d’études, équipées du même logiciel, peuvent avoir chacune leur méthode ACV RE2020.
3. Une ACV RE2020, ce sont trois briques
L’ACV assemble trois tâches, qui ne demandent pas la même compétence.
Une ACV RE2020 assemble trois métiers
Les quantités
Le métré du bâtiment, lot par lot : béton, isolants, menuiseries, revêtements, réseaux.
La compétence
Métrer, lire des plans ou un modèle 3D.
Qui la porte souvent
L'économiste, les bureaux d'études structure et fluides pour leurs lots.
Les données environnementales
La fiche affectée à chaque quantité : FDES du produit prévu, fiche d'équipement, ou donnée par défaut. Plus les hypothèses de calcul.
La compétence
Connaître la base INIES et l'effet de chaque choix sur le résultat.
Qui la porte souvent
Le bureau d'études qui porte la mission, ou un économiste formé à la RE2020.
Le calcul et le RSEE
L'assemblage avec la partie énergie issue du RSET, la vérification face aux seuils, le fichier réglementaire.
La compétence
Tenir l'outil de calcul et le dossier réglementaire.
Qui la porte souvent
Celui qui tient l'outil, le plus souvent le bureau d'études thermiques ou environnement.
Le débat entre économiste et bureau d’études porte presque toujours sur la frontière entre la brique 1 et la brique 2 : qui mètre, et qui choisit les fiches.
La brique 3 fait rarement débat.
Un métré d’ACV ne découpe pas le bâtiment comme un métré de chiffrage. Le quantitatif de l’économiste doit être converti avant de servir au calcul.
Les quantités : le métré
La première brique, c’est la liste des quantités du bâtiment, lot par lot : mètres cubes de béton, mètres carrés d’isolant, de menuiseries, de revêtements, longueurs de réseaux, nombre d’équipements. C’est en effet un travail de métré, le cœur du métier de l’économiste de la construction, avec l’appui des bureaux d’études structure et fluides pour leurs lots. Nous avons détaillé ce qu’est un bon métré dans notre article sur la méthode du métré bâtiment.
Un métré d’ACV a pourtant ses propres règles. Chaque quantité doit être exprimée dans l’unité de la fiche environnementale qui lui sera associée : un mètre carré d’isolant d’une épaisseur donnée, un mètre linéaire de réseau, une chaudière à l’unité. Il doit en outre couvrir tous les lots de la RE2020, y compris les postes qu’un chiffrage traite en ensemble ou néglige parce qu’ils coûtent peu, alors qu’ils pèsent en carbone.
Sur un calcul complet, cela représente de l’ordre de 150 à 200 lignes de métrés. Faute de mieux, ce métré se fait encore souvent au surligneur : longueurs de voiles relevées sur les plans de coffrage, reportées à la main, puis additionnées par type de mur.
Au DCE, ces quantités prennent la forme de la DPGF, la décomposition du prix global et forfaitaire, que l’économiste établit poste par poste pour la consultation des entreprises. Beaucoup d’ACV reprennent la DPGF telle quelle. C’est une bonne base, à condition de convertir ses postes dans l’unité des fiches, de compléter ce qu’elle regroupe, et de vérifier les quantités reportées : c’est précisément l’un des points de contrôle que nous conseillons à la maîtrise d’ouvrage.
Les fédérations de l’ingénierie rappellent que plus les quantités saisies sont complètes, plus le résultat carbone augmente. Un métré incomplet en amont donne par conséquent un résultat optimiste, qui se dégrade à mesure que le projet se précise.
Les données environnementales : choisir les fiches
La deuxième brique consiste à affecter à chaque quantité la bonne donnée environnementale : la FDES du produit réellement prévu, la fiche de l’équipement, ou à défaut une donnée générique par défaut, plus pénalisante. S’y ajoutent les hypothèses de calcul, par exemple les durées de vie, le chantier ou les consommations d’eau. C’est un travail d’arbitrage environnemental, qui demande de connaître la base INIES et l’effet de chaque choix sur le résultat.
Ce choix suit la description des ouvrages. En amont, on retient une fiche par grande famille de produits. Au DCE, c’est le CCTP, le cahier des clauses techniques particulières, qui décrit le produit attendu, lot par lot : la fiche doit alors lui correspondre. Elle se revoit une dernière fois quand l’entreprise retenue propose un produit équivalent.
Le calcul réglementaire et le RSEE
La troisième brique est le calcul lui-même. Le logiciel multiplie chaque quantité par l’impact de sa fiche, en tenant compte de la durée de vie des produits et de leurs remplacements sur les 50 ans de la période d’étude. Il ajoute l’impact du chantier, puis la partie énergie, tirée des consommations calculées par l’étude thermique. La RE2020 applique de plus une pondération dans le temps : une émission d’aujourd’hui pèse plus lourd qu’une émission dans trente ans.
Le résultat se compare ensuite aux seuils RE2020, qui ne sont pas une valeur unique : ils se recalculent pour chaque bâtiment selon son usage, sa taille, sa localisation ou ses fondations. Le livrable est le RSEE, un fichier standardisé produit par un logiciel évalué pour la RE2020. Il sert à établir les attestations, et tous les RSEE déposés alimentent l’observatoire officiel de la RE2020.
Où les variables pèsent
Les données reçues pèsent surtout sur la première brique : c’est elle qui change de forme selon qu’on reçoit un modèle 3D, des plans ou une DPGF. L’outil en place pèse sur la première et sur la troisième, puisqu’il fixe la façon de saisir les quantités et de les relier à l’étude thermique. La phase, enfin, décide du niveau de détail attendu sur la deuxième.
Le débat sur le rôle de chacun se loge d’ailleurs à la frontière des deux premières briques. Quand un bureau d’études thermiques dit « je ne suis pas économiste, ce n’est pas à moi de métrer », il parle de la première. Quand un économiste répond « je ne choisis pas les fiches environnementales », il parle de la deuxième.
4. Qui porte la méthode ACV RE2020 : réglementation et organisations
Un responsable désigné, aucun producteur
Au dépôt du permis de construire, le maître d’ouvrage atteste avoir respecté les exigences de la RE2020, ou les avoir fait respecter par le maître d’œuvre lorsque celui-ci est chargé de la conception (article R. 122-24-1 du code de la construction). En revanche, ni le décret du 29 juillet 2021, ni l’arrêté du 4 août 2021, ni les articles sur les attestations ne désignent qui doit produire l’ACV. La répartition se fait dans les contrats de maîtrise d’œuvre.
Les fédérations de l’ingénierie, Syntec-Ingénierie, Cinov et l’AICVF, ont d’ailleurs écrit dans une note de position de novembre 2024 que la masse de travail d’une ACV RE2020 dépasse la mission de base du code de la commande publique. Elles demandent par conséquent deux missions complémentaires obligatoires : une mission « ACV », et une mission « Quantités DCE » pour fournir les données d’entrée du calcul. On retrouve la séparation entre les deux premières briques.
Une mission chiffrée entre 5 000 et 14 000 euros
Sur une opération présentée au comité partenarial RE2020 de la Métropole de Lyon en novembre 2023, la mission ACV était chiffrée entre 5 000 et 14 000 euros pour un seul bâtiment, hors suivi de chantier. Notre propre étude, menée en 2023 sur 50 projets de 30 à 120 logements, va dans le même sens : les études RE2020 coûtent 2,1 fois plus qu’une étude RT2012, et l’ACV en représente 60 %.
Ce que coûtent les études d’un immeuble de 100 logements, RT2012 contre RE2020
L’étude RT2012 / RE2020
Étude interne Time To Beem, menée en 2023 sur 50 projets de logements collectifs de 30 à 120 logements.
- Énergie : Bbio, Cep,nr, étude de faisabilité énergétique, degrés-heures
- ACV : Ic construction et Ic énergie
× 2,1le coût des études entre la RT2012 et la RE2020
60 %de ce coût pour l’ACV, Ic construction et Ic énergie
60 %du temps d’ACV passé à générer ou recalculer les quantités

Le détail de l’étude, poste par poste
Et les leviers pour réduire ces surcoûts, dans notre guide sur les coûts de la RE2020.
Télécharger le guideRépartition appliquée au coût total. Chiffres publiés dans notre article sur les surcoûts de la RE2020.
Pourquoi la mission retombe souvent sur le bureau d’études thermiques
La plupart des logiciels de thermique réglementaire intègrent un module ACV, et le bureau d’études thermiques produit déjà le RSET, qui alimente la partie énergie du calcul carbone. Le Cerema le constate : ce sont surtout les bureaux d’études thermiques et environnementaux qui se sont emparés des ACV.
Le calendrier joue aussi : celui qui porte la mission doit souvent rendre un résultat avant d’avoir reçu les quantités, et il doit alors métrer lui-même, sous-traiter un métré, ou attendre.
Exemple concret
Une opération d’une quarantaine de logements en APD, entre maisons individuelles et petit collectif. La maîtrise d’ouvrage veut savoir si le projet passe le seuil RE2025 avant de valider le mode constructif. L’économiste rendra ses quantitatifs dans trois mois. Le bureau d’études thermiques, qui a la mission, peut soit refaire un métré complet à partir des plans, soit le sous-traiter et le payer sur ses honoraires, soit répondre plus tard, au moment où le résultat ne servira plus à choisir.
Les organisations qui fonctionnent
Le tableau ci-dessous compare les trois plus fréquentes : un bureau d’études environnement dédié, le binôme bureau d’études thermiques et économiste, et l’économiste formé à la RE2020. Pour chacune, il indique qui porte chaque brique, et ce qu’il faut anticiper. Il y ajoute le cas, de plus en plus courant, de l’agence d’architecture qui fait ses propres pré-ACV en parallèle du bureau d’études.
Trois organisations pour la mission ACV RE2020, et l’agence qui fait ses pré-ACV en parallèle
| Organisation | Qui fait les quantités | Qui choisit les fiches | Qui produit le calcul et le RSEE | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Un bureau d'études environnement dédié | Le bureau d'études environnement, à partir des plans et du modèle 3D | Le bureau d'études environnement | Le bureau d'études environnement, avec le RSET du thermicien | Le métré se fait sans économiste : le temps doit être prévu dans la mission. |
| Le binôme bureau d'études thermiques et économiste | L'économiste, en cotraitance ou en sous-traitance | Le bureau d'études thermiques, parfois sur proposition de l'économiste | Le bureau d'études thermiques | Les quantités arrivent en PRO ou en DCE, et un métré de chiffrage doit être converti en métré d'ACV. |
| Un économiste formé à la RE2020 | L'économiste, directement structuré par lot et sous-lot | L'économiste, fiches INIES déjà rattachées | Le bureau d'études, qui vérifie et dépose | Tout repose sur la maturité RE2020 de l'économiste retenu. |
| En parallèle : l'agence d'architecture qui fait ses pré-ACV | L'agence pour ses pré-ACV, le bureau d'études pour l'ACV réglementaire | L'agence pour ses arbitrages de conception, le bureau d'études pour le calcul | Toujours le bureau d'études | Les deux calculs doivent partir de la même description du bâtiment, sinon ils divergent. |
| Avec Time To Beem, quelle que soit l'organisation | Générées dès l'esquisse par le porteur de la mission, puis affinées par l'économiste | Choisies dans INIES par celui qui a la compétence, élément par élément | Dans le même outil, à partir du RSET importé | Les quantités ne sont plus le point de blocage du calendrier. |
Quelle que soit l’organisation retenue, elle s’écrit dans le contrat dès la candidature.
Une compétence que chacun veut valoriser
Pour un bureau d’études, l’ACV est une mission à part entière, à condition qu’elle soit nommée et payée. Pour un économiste formé à la RE2020, c’est une façon de valoriser son métré au-delà du chiffrage.
De plus en plus d’agences d’architecture se forment en outre à la compétence carbone. Elles ne produisent pas l’ACV réglementaire, qui reste au bureau d’études. Elles font en revanche des pré-ACV, avec un outil dédié ou une méthode interne, pour arbitrer elles-mêmes en esquisse, défendre leur projet en concours, et maîtriser leur conception en parallèle du bureau d’études. Certaines en font une mission environnementale qui valorise leurs honoraires. Nous avons détaillé cette démarche dans notre article sur l’outil d’estimation carbone pour les agences d’architecture.
Un économiste peut livrer un métré au format ACV et laisser le choix des fiches au bureau d’études. La grille des trois briques sert justement à découper la mission, pour que chacun facture ce qu’il apporte.
5. La méthode ACV RE2020, phase par phase
Le schéma ci-dessous montre qui fait quoi dans l’organisation la plus courante, de l’esquisse à l’après-livraison. En conception, la réglementation ne contrôle pas encore l’ACV. À l’achèvement, elle en contrôle les quantités.
La mission ACV RE2020, phase par phase : qui fait quoi
Les trois jalons sont fixés par le code de la construction. Le reste dépend des contrats.
- production
- suivi, responsabilité, contrôle
- estimation au ratio
Jalons réglementaires
- Dépôt du permisAttestation au permis
- Avant le chantierACV conforme exigée
- Fin du chantierAttestation d'achèvement
Maître d'ouvrage
- Esquisse à après livraisonResponsable du respect de la RE2020, de bout en bout
Architecte
- Esquisse à PROConçoit la morphologie et le mode constructif
- DCE et marchésCCTP, exigences carbone
- Chantier à réceptionVise les variantes, suit le chantier
Bureau d'études thermiques
- APS à PROÉtude thermique, RSET
- Chantier à réceptionMise à jour au posé
Porteur de la mission ACV
- Esquisse à APSOrdre de grandeur au ratio
- APD et permis à DCE et marchésACV RE2020 et mises à jour
- Chantier à réceptionACV tel que construit
Économiste
- Esquisse à APD et permisEstimation au ratio
- PRO à DCE et marchésMétrés détaillés, DPGF
Entreprises
- DCE et marchésOffres sur la DPGF, variantes
- Chantier à réceptionBons de commande, fiches des produits posés
Attestateur
- RéceptionVisite, au moins 10 données contrôlées
Services de l'État
- Chantier à après livraisonContrôle possible jusqu'à six ans après l'achèvement
Schéma de principe, sur l'organisation la plus courante. Le porteur de la mission ACV peut être le bureau d'études thermiques, un bureau d'études environnement ou un économiste formé : c'est le contrat qui le désigne.
Certains bureaux d’études écrivent ce calendrier noir sur blanc. La fiche de suivi ci-dessous, tirée de la méthode interne d’un bureau d’études thermique, environnement et fluides, fixe pour chaque phase les documents à demander à l’équipe, les livrables, et les arbitrages à faire en interne avant l’envoi. On y voit que l’ACV RE2020 est reprise quatre fois, de l’APD aux marchés.
Comme ce bureau d’études porte aussi les fluides, la production d’énergie, les équipements et les réseaux se tranchent en interne ; pour tout le reste, les données d’entrée viennent des autres intervenants, et il faut les redemander à chaque phase.
La fiche de suivi ACV RE2020 d’un bureau d’études, phase par phase
1APS, APD et permis
Ce qu’il demande à l’équipe
- Notice du programme du maître d'ouvrage
- Modes constructifs des murs, sols, toiture et menuiseries, occultations
- Dalle pleine ou prédalle, composition des bétons poste par poste
- Terres excavées et évacuées, durée approximative du chantier
- Plans de niveaux et de façades, tableau des surfaces et des typologies
Ce qu’il livre
- Attestation RE2020
- Étude thermique et RSET
- Pré-calcul ACV : détail des fiches, dérogations, RSEE
Ce qu’il arbitre en interne
- Mode de production d'énergie
- Équipements sanitaires
- Métrés et dimensionnement des réseaux
2Début PRO
Ce qu’il demande à l’équipe
- Mise à jour des modes constructifs et des bétons, avec le lot structure
- Mise à jour des terres, de la durée de chantier, des plans et des surfaces
- Détails de l'architecte
Ce qu’il livre
- Étude thermique, avec les ponts thermiques
- Pré-calcul ACV mis à jour
Ce qu’il arbitre en interne
- Changement de mode de production d'énergie ou d'équipements
- Repérage des lots et des fiches les plus pénalisants
3Fin PRO, début DCE
Ce qu’il demande à l’équipe
- CCTP tous corps d'état
- Calendrier de l'opération, avec le temps de grutage
- Rapport initial du contrôleur technique
- Quantitatif de l'économiste, s'il a la mission
Ce qu’il livre
- Étude thermique
- Pré-calcul ACV mis à jour
Ce qu’il arbitre en interne
Rien de spécifique
4Fin DCE, marchés
Ce qu’il demande à l’équipe
- Récapitulatif des optimisations négociées avec les entreprises
- DPGF des entreprises, pour confirmer les quantitatifs
- CCTP marché
Ce qu’il livre
- Étude thermique marché
- Calcul ACV et RSEE
Ce qu’il arbitre en interne
- Rappel à l'équipe : toute variante passe par le référent ACV
D’après la méthode interne d’un bureau d’études thermique, environnement et fluides, résumée. À chaque phase, les documents sont demandés à toute l’équipe de maîtrise d’œuvre dans un courriel dédié, et chaque livrable part avec un courriel qui signale les fiches les plus impactantes.
En conception : un engagement, pas encore un contrôle
Au permis de construire, l’attestation ne vérifie que deux indicateurs de l’étude thermique, le Bbio et le confort d’été. Pour le carbone, le maître d’ouvrage s’engage seulement à pouvoir justifier une ACV conforme avant le début des travaux. Personne ne relit donc l’ACV à ce stade, et les quantités utilisées en conception restent un outil de travail de l’équipe.
Rien n’empêche en revanche le maître d’ouvrage de vérifier l’étude lui-même : nous avons listé les points à regarder, quantitatifs compris, dans notre article sur le contrôle des études RE2020 par la maîtrise d’ouvrage.
Entre les intervenants, la responsabilité est contractuelle. La MAF, l’assureur des architectes, rappelle que la RE2020 fixe des objectifs, sans créer d’obligation de résultat pour la maîtrise d’œuvre : en cas de litige, le maître d’ouvrage doit prouver une faute, par exemple une erreur de calcul.
Au DCE : le CCTP et la DPGF fixent les produits et les quantités
Au DCE, les produits et les quantités deviennent des pièces de marché. Le CCTP décrit chaque ouvrage et les produits attendus, la DPGF en donne les quantités poste par poste, et les entreprises remettent leur offre sur cette base. L’ACV de cette phase s’appuie donc sur les deux documents.
C’est aussi le moment d’écrire les exigences carbone dans le CCTP : fiches environnementales à fournir avec l’offre puis dans le DOE, le dossier des ouvrages exécutés, impact maximal pour un poste donné, ou produit imposé lorsque le marché le permet. Sans ces clauses, une exigence carbone formulée après la signature peut être présentée par l’entreprise comme un travail supplémentaire, prévient la MAF.
Avant le chantier : une ACV RE2020 conforme
L’ACV doit être conforme avant l’ouverture du chantier. C’est en pratique le moment où les métrés détaillés du DCE existent, d’où la tentation d’attendre cette phase pour faire le calcul. Si le résultat dépasse le seuil à ce stade, la conception est figée et la correction passe par des substitutions de produits, plus chères et moins efficaces.
Pendant le chantier : les quantités changent de source
Sur le chantier, les quantités ne viennent plus de l’estimation de l’économiste mais de ce que les entreprises commandent et posent. Une entreprise peut proposer une variante, et l’équivalence carbone se démontre plus difficilement que l’équivalence thermique. La MAF recommande par conséquent de récupérer les bons de commande, de vérifier les fiches des produits réellement posés au moment du visa, et de mettre à jour l’ACV à chaque fin de phase.
À l’achèvement : les quantités sont contrôlées
L’attestation d’achèvement est établie par un tiers après une visite sur site : un architecte, un contrôleur technique, un bureau d’études agréé, un organisme certificateur, ou un diagnostiqueur pour les maisons individuelles. Ce tiers contrôle au moins dix données d’entrée de l’ACV, comme le prévoit l’arrêté du 9 décembre 2021. Il compare les quantités et les références de produits du RSEE, d’une part avec les justificatifs, d’autre part avec ce qu’il voit sur place.
Au moins dix données contrôlées à l’achèvement
Au moins dix données de l’ACV sont contrôlées à l’achèvement, dont une au minimum dans chacun des lots 2, 3, 6 et 8 : fondations, superstructure, façades et menuiseries extérieures, chauffage, ventilation et climatisation. Une méthode ACV RE2020 qui ne suit pas les quantités jusqu’au chantier a peu de chances d’y correspondre.
Après la livraison
Les services de l’État peuvent contrôler le respect des règles de construction pendant les travaux et jusqu’à six ans après l’achèvement. Le non-respect est un délit puni d’une amende pouvant atteindre 45 000 euros, qui vise le bénéficiaire des travaux mais aussi les architectes, les entrepreneurs et les autres personnes responsables de l’exécution.
Le contrôle technique classique ne couvre pas le carbone, en revanche : il porte sur la solidité et la sécurité, sauf mission spécifique ajoutée au contrat. Les fédérations de l’ingénierie demandent d’ailleurs un contrôle systématique des calculs par un tiers, qui n’existe pas aujourd’hui.
6. Ce qu’on peut harmoniser sans changer d’outil
Une bonne partie des écarts de méthode se réduit sans toucher aux logiciels, en s’entendant sur ce qui circule entre les intervenants.
Une méthode ACV RE2020 n’a pas besoin d’être identique d’une équipe à l’autre pour être fiable.
Une trame de quantités commune, dès le début de la mission
Le levier le plus efficace consiste à fixer en début de mission le format dans lequel les quantités circulent : un tableau par lot RE2020, avec pour chaque poste l’unité de la fiche environnementale visée. Certains bureaux d’études envoient déjà ce type de trame à l’architecte et à l’économiste. Elle évite les conversions d’unités, et elle fait apparaître tout de suite les lots qui manquent.
Une seule description du bâtiment pour la thermique et le carbone
L’étude thermique et l’ACV doivent décrire le même bâtiment : même surface de référence, même découpage en zones, mêmes niveaux. Quand elles vivent dans deux outils, il faut décider lequel porte la géométrie, et faire passer l’énergie par le RSET plutôt que de la ressaisir.
Des formats d’échange connus avant de choisir ses outils
Le modèle 3D pour la géométrie, le RSET pour l’énergie, un tableur structuré par lot pour les quantités : avant d’adopter un outil, il vaut la peine de vérifier ce qu’il sait importer et exporter. Les imports et les exports pèsent souvent plus sur le temps passé que le calcul lui-même.
L’origine de chaque quantité, tracée
Une quantité peut venir d’un ratio, d’un modèle 3D, d’une DPGF ou d’un bon de commande. Garder cette origine visible permet de savoir ce qui reste à confirmer, et donc de réduire la marge de sécurité prise par prudence. Elle sert aussi à l’achèvement, puisque le contrôle compare justement les quantités du RSEE avec leurs justificatifs.
Une répartition écrite dans le contrat
Enfin, écrire la répartition dans le contrat dès la candidature, plutôt que de la découvrir en APD, évite les tensions. Les points à préciser sont en effet toujours les mêmes, à savoir les suivants.
- La fourniture des quantités : par qui, à quelle phase et dans quel format.
- Le choix et la validation des données environnementales.
- La production du calcul réglementaire et du RSEE.
- Le nombre d’itérations comprises, de l’esquisse à la livraison.
- La rémunération de chaque brique.
7. Ce que Time To Beem change dans la méthode ACV RE2020
Notre parti pris est d’accepter que chaque équipe parte de données différentes, et de ramener toutes ces entrées vers une seule description du bâtiment. Cette approche, nous la défendons depuis plusieurs articles, notamment sur l’estimation carbone en faisabilité : générer les métrés dès le concours, documenter les hypothèses, puis les remplacer par les quantités réelles au fil des phases. Le schéma ci-dessous la met en regard de l’organisation la plus courante.
Quand les quantités arrivent, et ce que ça change
Organisation la plus courante
Ce que nous préconisons
- organisation courante
- estimation au ratio
- avec génération des métrés en amont
Organisation la plus courante
Quantités disponibles
- Esquisse à APD et permisRatios, ou pas encore de quantités
- PRO à DCE et marchésMétrés de l'économiste
- Chantier à réceptionQuantités posées
Résultat carbone fiable
- PRO à réceptionACV détaillée, souvent reprise à chaque phase
Ce que nous préconisons
Quantités disponibles
- Esquisse à APD et permisMétrés générés depuis le modèle 3D ou les plans
- PRO à DCE et marchésAffinés avec les métrés de l'économiste
- Chantier à réceptionMis à jour au posé
Résultat carbone fiable
- Esquisse à réceptionUne même ACV, tenue à jour de l'esquisse à l'achèvement
Marge de manœuvre sur la conception
- Esquisse à réceptionde forte à faible
Schéma de principe. La bande de marge de manœuvre illustre un sens d'évolution, pas une mesure.
Plusieurs entrées, une seule description
Quand un modèle 3D existe, même mal renseigné, le module AVA le lit, en nettoie et en classe les objets par fonction, puis génère les métrés par lot. Sans modèle 3D, le bâtiment se reconstitue à partir de plans PDF. Dans les deux cas, les lots qui ne sont pas dessinés, comme les réseaux ou les équipements, sont complétés par des ratios explicites et modifiables.
On obtient dès l’APD un métré de 150 à 200 lignes, au niveau de détail d’un calcul de phase PRO. Nous avons détaillé cette approche dans notre article sur les métrés en phase amont.
L’équipe garde les arbitrages
L’utilisateur garde la main à chaque étape. Il reclasse un objet mal reconnu, corrige une composition ou une quantité, ajoute ce qui manque, et choisit les fiches dans la base INIES, élément par élément s’il le souhaite. L’IA fait le dépouillement ; les arbitrages environnementaux restent en revanche à l’équipe.
Le calcul réglementaire se fait dans le même outil : le RSET issu du logiciel de thermique s’importe pour la partie énergie, et le RSEE se génère à partir de l’ensemble. Time To Beem ne remplace donc pas le logiciel de thermique, il s’y raccorde. Les métrés et les impacts s’exportent par ailleurs en tableur, lot par lot, pour l’équipe qui poursuit une partie du travail dans un autre outil. Nous avons expliqué le mécanisme complet dans notre article sur le calcul ACV et la RE2020.
Jusqu’au chantier
Le même modèle sert ensuite en phase chantier. Une variante proposée par une entreprise se teste en changeant la composition ou la fiche concernée, et le calcul se met à jour aussitôt. À l’achèvement, l’ACV correspond ainsi au bâtiment posé, ce qui est précisément ce que l’attestateur vérifie. Nous avons décrit cet usage, générer, suivre puis contrôler l’ACV à partir du modèle 3D, dans notre article sur les usages et workflows BIM et ACV.
Time To Beem ne remplace pas l’économiste pour autant. Quand ses quantitatifs détaillés arrivent en PRO ou en DCE, ils servent à affiner le modèle existant, au lieu d’ouvrir un nouveau calcul.
Ce que ça change concrètement
L’équipe n’a plus à reconstituer sa base de quantités à chaque projet ni à chaque phase : elle l’actualise. Qu’elle reçoive un modèle 3D, des plans ou une DPGF, elle arrive au même tableau par lot, et le premier résultat carbone fiable n’attend plus la phase PRO.
Ce qu’il faut retenir
Il n’existe pas de méthode ACV RE2020 de référence. Les écarts viennent de trois variables que chaque équipe subit plus qu’elle ne les choisit : les données reçues, l’outil en place, et la phase où le résultat est demandé. La question de savoir qui fait l’ACV en découle, et se règle par contrat, brique par brique.
Ce qui peut se partager, en revanche, c’est la façon dont les quantités circulent : une trame commune par lot, une seule description du bâtiment, des formats d’échange connus, et l’origine de chaque quantité. Time To Beem intervient sur ce point, en ramenant toutes les entrées vers une même base, tenue à jour de l’esquisse à l’achèvement.
Si vous voulez voir comment cela s’articule avec votre propre process, réservez une démonstration : nous partons de votre modèle 3D, de vos plans ou de vos tableurs.
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