Empreinte carbone d’un data center : qui encadre sa construction en 2026 ?
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Le calcul à partir du modèle 3D, avec un ingénieur qui connaît la RE2020. 30 minutes en visio.
Réserver une démoVoir nos livres blancsPrès de 18 GW de projets de data centers attendent aujourd’hui leur raccordement au réseau électrique français, contre environ 5 GW fin 2024. L’empreinte carbone d’un data center se discute presque toujours en gigawatts consommés et en litres d’eau. Sur le seul data center français dont l’analyse de cycle de vie complète a été publiée, la fabrication des matériaux et des équipements pèse pourtant 39 % de l’impact sur vingt ans, hors serveurs informatiques.
Ce gisement de carbone n’est encadré par aucun seuil réglementaire. Personne ne contrôle donc le carbone de construction d’un data center, sinon celui qui le commande.
1. Près de 18 GW de projets dans la file d’attente française
Fin 2024, RTE recensait une quarantaine de projets de data centers, pour environ 5 GW de puissance demandée. En mai 2026, près de 18 GW avaient déjà fait l’objet de réservations de capacité, répartis sur environ 80 projets. La puissance totale demandée, tous stades d’avancement confondus, atteint de fait 28,6 GW.
La majorité de ces projets demandent entre 100 et 200 MW, soit la consommation électrique d’une ville comme Le Mans ou Saint-Étienne. Une douzaine de dossiers visent plus de 400 MW. Face à cet afflux, RTE a ouvert une procédure accélérée de raccordement au réseau très haute tension pour cinq sites capables d’absorber 700 MW à 1 GW chacun. Géographiquement, deux régions concentrent l’essentiel : environ 7 GW en Île-de-France et environ 6 GW dans les Hauts-de-France.
SoftBank et Campus AI : deux programmes annoncés en 2026
À Choose France, le 31 mai 2026, SoftBank a annoncé jusqu’à 75 Md€ et 5 GW de capacité en France, avec une première phase de 45 Md€ pour 3,1 GW dans les Hauts-de-France d’ici 2031, sur les sites de Loon-Plage, Bosquel et Bouchain. Schneider Electric accompagne le programme comme partenaire technologique et industriel, avec un pôle de production au port de Dunkerque.
Le lendemain, Campus AI retenait Eiffage pour les infrastructures communes et la sous-station de son campus de Fouju, en Seine-et-Marne. Le marché dépasse 120 M€ et porte sur un poste 400/33 kV dimensionné à 1,4 GW à terme. Le groupement réunit Eiffage Énergie Systèmes, mandataire, Eiffage Génie Civil et Eiffage Route.
Une capacité réservée n’est pas une capacité construite, et RTE le rappelle lui-même : tous ces projets ne verront pas le jour. Son scénario de référence table sur une consommation des data centers français passant d’environ 10 TWh aujourd’hui, soit près de 2 % de la consommation nationale, à 15 ou 20 TWh en 2030, puis 23 à 28 TWh en 2035, environ 4 % du total.
Même dans ce scénario, chaque data center engage des volumes de béton, d’acier et d’équipements techniques bien supérieurs à ceux d’un bâtiment classique.
2. Une réglementation qui regarde l’électricité, pas les matériaux
Depuis la directive européenne sur l’efficacité énergétique de 2023, les data centers dont la puissance installée atteint 500 kW doivent déclarer chaque année leurs indicateurs de performance dans une base de données européenne publique : le PUE pour l’efficacité énergétique, le WUE pour l’eau, le REF pour la part d’énergie renouvelable et l’ERF pour la chaleur réutilisée. La France a transposé ce cadre aux articles L236-1 à L236-3 du code de l’énergie. Au-delà de 1 MW, l’exploitant doit par ailleurs valoriser la chaleur fatale produite. Le non-respect expose à une amende administrative pouvant atteindre 50 000 € par centre.
Ce dispositif ne porte ni sur le carbone des matériaux ni sur la construction. Il mesure l’exploitation, à savoir l’énergie consommée et la chaleur récupérée.
La RE2020 ne prend pas le relais
La RE2020 s’étend à dix nouvelles typologies : hôtels, restaurants, commerces, crèches, enseignement supérieur et bâtiments d’enseignement atypiques, établissements de santé et Ehpad, gymnases et équipements sportifs, bâtiments industriels et artisanaux, aérogares, médiathèques et bibliothèques. Les data centers n’y figurent pas. Le portail réglementaire exclut de fait les bâtiments nécessitant des conditions particulières de température, d’hygrométrie ou de qualité d’air liées à des contraintes d’usage, ainsi que ceux chauffés ou refroidis pour un procédé dédié. Un data center relève précisément de cette catégorie.
Ce qu’il faut retenir
Aucun seuil ne s’impose au carbone des matériaux d’un data center. Ce qui prend le relais est contractuel et non réglementaire : les exigences des opérateurs, des investisseurs et des donneurs d’ordre.
3. Où se loge réellement l’empreinte carbone d’un data center
Les premières données publiques françaises datent de janvier 2026 : APL Data Center et Data4 ont publié l’analyse de cycle de vie complète d’un data center de 5 MW mis en service en 2023, conduite selon les normes ISO 14040 et 14044, du sourcing des matières premières jusqu’au démantèlement.
L’ordre de grandeur à retenir
Sur vingt ans, l’exploitation représente 48 % de l’impact carbone, tandis que la production des matériaux et des équipements en concentre 39 %. Le périmètre exclut les serveurs informatiques, conformément au cadre de l’ADEME applicable aux services d’hébergement.
L’étude relève que la consommation d’eau directe du site reste inférieure à 0,1 % de l’impact, l’essentiel de l’impact eau passant indirectement par la production d’électricité.
Plus le mix électrique se décarbone, et le mix français est déjà l’un des moins carbonés d’Europe, plus la part relative du carbone incorporé augmente.
Les postes qui composent cette empreinte
On retrouve d’abord les postes classiques de tout bâtiment : fondations et gros œuvre, structure métallique, façades et toiture, voiries et réseaux divers. S’y ajoutent ensuite les lots techniques qui font la spécificité de ces bâtiments, et qui pèsent lourd :
- transformateurs et postes de livraison,
- onduleurs et systèmes d’alimentation sans interruption,
- groupes électrogènes de secours,
- tableaux électriques, câbles et jeux de barres,
- groupes froids, dry coolers, pompes et réseaux hydrauliques.
Une grande partie de ces équipements dispose déjà de PEP, les profils environnementaux produits. Pour quantifier ces lots, il reste donc à rattacher ces fiches à des quantités fiables.
4. Ce que la RE2020 mesurerait, si elle s’appliquait
La réglementation française fournit le seul cadre de calcul partagé dont dispose le secteur, et il éclaire par comparaison l’empreinte carbone d’un data center.
La RE2020 repose sur deux indicateurs carbone. L’Ic construction agrège l’impact des produits de construction et des équipements, ainsi que celui du chantier lui-même. L’Ic énergie couvre les consommations d’exploitation. Le calcul porte sur une durée de vie de référence de cinquante ans et applique une pondération dynamique, qui donne davantage de poids aux émissions immédiates qu’à celles différées dans le temps.
Pour structurer ce calcul, la méthode découpe le bâtiment en treize lots, détaillés dans le tableau plus bas. Les lots 8, 10 et 13 y couvriraient de fait une bonne partie des équipements d’un data center, à savoir le refroidissement, les transformateurs, les tableaux et les groupes électrogènes. L’ossature méthodologique existe donc déjà, même si le référentiel de données reste à compléter.
Des seuils qui dépendent de l’usage
Les seuils réglementaires varient selon l’usage du bâtiment et se durcissent tous les trois ans, jusqu’en 2031 pour la partie construction.
| Usage | 2022 à 2024 | Depuis 2025 |
|---|---|---|
| Maison individuelle | 640 | 530 |
| Logement collectif | 740 | 650 |
| Bureaux | 980 | 810 |
| Enseignement primaire et secondaire | non applicable | 770 |
Ces valeurs pivots ne s’appliquent toutefois jamais telles quelles : chaque bâtiment se voit attribuer un seuil modulé selon sa surface et sa géographie. Sur les bâtiments réellement livrés et recensés par l’observatoire national OPEE, le seuil médian applicable atteint ainsi 1 111 kgCO2e/m² en bureaux, pour un Ic construction médian constaté de 945.
Où pèse le carbone, selon le type de bâtiment
Ce même observatoire donne le poids de chaque lot. Il agrège les récapitulatifs standardisés d’étude énergétique et environnementale de 111 741 bâtiments livrés, dont 1 948 logements collectifs et 1 362 immeubles de bureaux une fois les contrôles de cohérence du CSTB appliqués.
| Lot | Logement collectif | Bureaux |
|---|---|---|
| 1. VRD | 17 | 35 |
| 2. Fondations et infrastructure | 51 | 39 |
| 3. Superstructure et maçonnerie | 148 | 130 |
| 4. Couverture, étanchéité, charpente | 20 | 46 |
| 5. Cloisonnement, doublage, plafonds | 47 | 48 |
| 6. Façades et menuiseries extérieures | 64 | 69 |
| 7. Revêtements des sols, murs et plafonds | 71 | 55 |
| 8. CVC et refroidissement | 80 | 200 |
| 9. Installations sanitaires | 35 | 13 |
| 10. Réseaux d’énergie, courant fort | 48 | 115 |
| 11. Réseaux de communication, courant faible | 2 | 15 |
| 12. Appareils élévateurs | 0 | 0 |
| 13. Production locale d’électricité | 0 | 0 |
Dans le logement collectif, la structure domine : les fondations et la superstructure totalisent 199 kgCO2e/m², contre 130 pour l’ensemble des lots techniques. Dans les bureaux en revanche, le rapport s’inverse, avec 330 kgCO2e/m² de lots techniques contre 169 de structure. Le seul lot 8 y pèse 200 kgCO2e/m², soit deux fois et demie son niveau en logement. Plus un bâtiment embarque d’équipements, plus le carbone se déplace donc de la structure vers les lots techniques.
Un data center pousse cette logique à l’extrême, puisque l’essentiel de son contenu relève des lots techniques.
Les lots électriques sont forfaitisés dans près de neuf études sur dix
Bâtiment par bâtiment, le jeu open data montre que deux lots portent presque toujours la même valeur d’une étude à l’autre : les réseaux d’énergie et les réseaux de communication.
| Lot | Logement collectif | Bureaux |
|---|---|---|
| 3. Superstructure et maçonnerie | 1 % | 1 % |
| 8. CVC et refroidissement | 2 % | 14 % |
| 10. Réseaux d’énergie, courant fort | 89 % | 86 % |
| 11. Réseaux de communication, courant faible | 90 % | 87 % |
La superstructure et le CVC sont calculés à partir de quantités et de fiches environnementales propres au projet. Les lots électriques, eux, ne le sont pas : près de neuf études sur dix appliquent la même valeur par défaut au courant fort : 115 kgCO2e/m² en bureaux et 48 en logement collectif. Ces 115 kgCO2e/m² ne décrivent donc pas les transformateurs et les tableaux réellement installés, ils décrivent un forfait réglementaire.
Ce que ça change concrètement
En logement collectif, le courant fort pèse 48 kgCO2e/m² et le courant faible 2, contre 148 pour la superstructure. Sur un data center, le poste électrique est l’un des plus lourds : une valeur forfaitaire n’y décrirait pas les équipements réellement installés.
Pourquoi le mètre carré ne fonctionnerait pas ici
La RE2020 rapporte tout au mètre carré de surface de référence, ce qui a du sens pour un logement ou un bureau, où la surface mesure correctement le service rendu. Dans un data center en revanche, ce service se mesure en puissance informatique. Deux bâtiments de surface identique peuvent héberger 20 MW ou 60 MW selon leur densité et leur mode de refroidissement. Un seuil au mètre carré récompenserait donc mécaniquement les installations les moins denses, sans rien dire de leur efficacité réelle.
Pour évaluer l’empreinte carbone d’un data center, la méthode de la RE2020 reste donc utilisable, mais pas son unité au mètre carré.
5. Le repère qui manque : le carbone par mégawatt informatique
Le secteur sait comparer ses installations sur l’énergie, grâce au PUE, et sur l’eau, grâce au WUE. Il ne dispose en revanche d’aucun indicateur partagé pour le carbone incorporé. Deux campus de 60 MW peuvent afficher le même PUE avec des empreintes de construction très différentes. Comparer l’empreinte carbone d’un data center à celle d’un autre reste donc impossible.
Un ratio pour comparer l’empreinte carbone d’un data center
Un ratio simple comblerait ce vide : les kilogrammes de CO2 équivalent par mégawatt informatique installé. Il permettrait de comparer deux projets entre eux, de fixer une référence interne à l’échelle d’un portefeuille, et surtout de contractualiser un objectif avec l’entreprise générale plutôt que de constater le résultat après coup.
Exemple concret
Sur le data center PAR13 de Digital Realty, aux Ulis, Equans revendique 7 000 tCO2e évitées, grâce au béton bas carbone et à une application de suivi de l’intensité carbone intégrée en temps réel au chantier. Le même groupe conduit aujourd’hui comme entreprise générale le PAR15 de Dugny, 66 MW sur 23 320 m², dont le chantier a démarré en décembre 2025.
Deux obstacles expliquent l’absence d’un repère par mégawatt. Le premier tient à la donnée publiée : l’analyse de cycle de vie d’APL Data Center et Data4 donne des pourcentages, pas la valeur absolue de l’empreinte, ce qui interdit d’en tirer un ratio. Le second tient à la méthode : tant que les lots électriques restent forfaitisés, deux projets afficheront la même valeur quels que soient leurs équipements réels. Un repère par mégawatt suppose donc d’abord de quantifier vraiment ces lots, projet par projet.
6. L’empreinte carbone d’un data center se décide en conception
La plupart des analyses carbone arrivent en fin de chantier, une fois les choix figés.
Quand chiffrer une variante suppose plusieurs jours de métrés manuels, une équipe de conception en étudie une ou deux, rarement plus. Les arbitrages sur le béton, la structure, l’enveloppe et les équipements se prennent alors sur l’expérience, pas sur des chiffres comparés. À l’inverse, quand la quantification descend à quelques minutes, la même équipe teste dix variantes et documente son choix.
Ce que ça change concrètement
Chez Time To Beem, l’intelligence artificielle AVA génère les métrés à partir du modèle 3D ou des plans, vous gardez la main sur ce qui est retenu, et l’impact carbone se recalcule à mesure que la conception évolue.
Ce fonctionnement a été construit pour le logement et le tertiaire soumis à l’ACV RE2020. Pour les data centers, le référentiel de lots reste à constituer, en particulier pour les équipements techniques.
Seul le contrat encadre aujourd’hui ce carbone
La RE2020 exclut ces bâtiments de son champ. La directive européenne sur l’efficacité énergétique impose une déclaration annuelle, mais ne regarde que l’exploitation. Aucun indicateur de place n’existe pour le carbone incorporé. Restent le maître d’ouvrage, l’opérateur et l’entreprise générale, par le contrat qui les lie.
Rien n’oblige donc à attendre un texte : l’exigence se pose dans le programme et dans le contrat, et non dans le bilan de fin de chantier.
Par où commencer sur votre prochain projet
Inscrire au programme un objectif de carbone incorporé exprimé par mégawatt informatique, et non au mètre carré. Exiger que les lots électriques et de refroidissement soient quantifiés à partir des PEP des équipements réellement prévus, plutôt que par une valeur forfaitaire. Et demander la comparaison chiffrée d’au moins trois variantes avant de figer la structure et le mode de refroidissement.
Quantifier avant de figer les choix
Time To Beem génère les métrés à partir du modèle 3D ou des plans, vous gardez la main sur ce qui est retenu, et l’impact carbone se recalcule à chaque variante. Si vous travaillez sur des projets à forte densité technique, nous serons curieux d’en parler avec vous.
Merci d’avoir pris le temps de lire








